J’ai répondu, sur LePost.fr, à un billet d’un blogueur qui y reprenait une information du quotidien Libération, selon laquelle la centrale d’achat d’espace de toutes les campagnes de communication des opérateurs publics était chargée de mobiliser – avec un budget de 120 millions d’euros – des équipes dédiées au story telling en faveur du chef de l’Etat.
J’ai parlé de fantasmes. Le budget évoqué est en effet celui de la totalité des campagnes de communication publique, dont les deux tiers portent sur la sécurité routière, la santé, l’environnement et la lutte contre le cancer. Les marchés sont publics, la transparence totale, les messages signés. Tout est contrôlé par le Parlement et la Cour des Comptes. Il n’y a aucune place dans ces procédures pour du soi-disant story telling politique.
Ce que j’ai trouvé le plus signifiant, ce n’est pas tellement qu’un journal comme Libé cherche du sensationnel, disons… En savoir +
Rumeur, confusion, amalgame, la chasse est ouverte. Comme toujours, elle se situe dans un contexte : on ne vise pas par hasard le ministre qui conduit la réforme des retraites et avait, dans ses fonctions précédentes, déclaré la guerre à la fraude fiscale.
Comme toujours, elle génère son lot de sous-entendus et de déformations : Madame Woerth ne gérait pas la fortune de Madame Bettencourt mais, dans des conditions parfaitement transparentes, les placements des dividendes perçus au titre de ses participations dans l’Oréal.
Comme toujours, elle confine à l’absurde : les pouvoirs publics ne pouvaient pas se désintéresser de la situation de l’une des plus grandes entreprises mondiales dont le siège est en France. De la même façon, il faut condamner toute fraude, même marginale par rapport à la fortune de Madame Bettencourt, tout en se félicitant que la première contribuable privée de France n’ait jamais cherché à s’exiler fiscalement. En savoir +
Des syndicalistes viennent de retenir en otages durant une nuit deux dirigeants d’une entreprise parce que, selon eux, « c’est le seul moyen de retenir l’attention des médias ».
En 1990, j’ai consacré un livre « Nous sommes ici par la volonté des médias » à la façon dont les médias et bien sûr, en premier lieu, la télévision rythmaient notre vie collective, influençaient l’opinion, conduisaient aussi à inventer des gestes permettant de faire l’actualité.
L’image est irrationnelle, spectaculaire, émotionnelle, sensationnelle. Dans le monde cathodique, ce qui ne fait pas image n’existe pas. Cela a bien sûr ses limites. Nous croyons ce que nous voyons mais nous voyons seulement là où il y a des caméras pour filmer. Cette hiérarchisation de l’actualité implique donc de créer l’événement, le scoop, y compris en marge de la loi ou à son encontre, pour espérer avoir accès aux médias.
Des séquestrations aux voitures En savoir +