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Hollande : homme de com’ sans vision | Boulevard Voltaire

Aucun doute pour la plupart des journalistes présents ou des observateurs : François Hollande a réussi cet exercice périlleux de la conférence de presse, surtout la première.

Et pourtant il n’a pas vraiment convaincu une majorité de français.

J’y vois au moins trois raisons complémentaires.

La première est que les journalistes aiment le bel ouvrage, la belle parole, le grand discours, l’art du renvoi de balle. Ils peuvent donc encore surestimer la parole publique alors qu’aux yeux des Français, elle n’est plus suffisante ni magique.

La seconde raison est que l’exercice de la fonction présidentielle tient plus du statut, du leadership, de l’image au sens le plus profond que de l’expression et de la communication. Le Président est excellent en com, sur la forme. Il a le sens de la répartie, trouve les formules. Il libère même de l’énergie. Mais il n’y a pas de vision, de projection, de prospective sur l’état de la France, de l’Europe et du monde. Et donc pas de rayonnement, pas de statut, pas de leadership. Il est sans cesse factuel, tacticien, mais pas stratège, sans envergure. Ce qui l’a fait gagner comme candidat le plombe comme Président.

La troisième raison est que, effectivement, comme disait Oscar Wilde, la surface ne masque pas forcément la profondeur. À condition qu’il y ait du fond. Or il y a aujourd’hui un problème de fond qui brouille tout. Ce pouvoir apparaît improbable, incertain, avançant à l’aveuglette, ne sachant pas ou il va, d’où la multitude de couacs, polémiques, contradictions et revirements.

C’est compliqué, par exemple, d’arriver au pouvoir en augmentant les charges des entreprises et en vilipendant les patrons pour expliquer quatre mois plus tard qu’on a besoin d’eux et qu’on va baisser leurs charges… en 2014.

François Hollande a été brillant, habile. Il a bien habillé les revirements, hésitations ou échecs. Il n’a pas été « sécure », il n’a pas fait reculer l’incertitude.

Pour une personne comme pour un peuple, l’incertitude est infiniment plus déstabilisante que la difficulté ou l’épreuve. Elle explique, en grande partie, la chute impressionnante de l’exécutif dans les sondages. Il faudra bien plus qu’une conférence de presse pour tenter de retrouver la confiance !

Source : Boulevard Voltaire

Sarkozy, de l’échec au come-back : L’Avant-Propos

Quelle bataille !

Une malédiction frappe-t-elle en France les présidents candidats ? les seuls qui ont été réélus n’exerçaient plus, du fait de la cohabitation, le pouvoir de gouverner. La difficulté de cumuler l’expérience et le changement se trouve dans cette singularité française.

Nicolas Sarkozy a tenté de relever ce défi malgré la crise, malgré l’impopularité qui frappe tous ceux qui sont aux manettes et conduit généralement à l’échec électoral. Reconnaissons sa performance d’être presque parvenu à vaincre cette fatalité.
J’ai écrit ce livre au fur et à mesure du calendrier, assumant le risque de ne pas revenir sur ce que j’avais écrit. Ce carnet de bord est celui d’un ami engagé en faveur de Nicolas Sarkozy. Celui d’un communicant non directement impliqué dans la campagne au quotidien. En tant que conseil extérieur, j’ai toujours conservé l’autonomie de mon fonctionnement et de mon expression. Je n’ai jamais eu vocation à intégrer à temps plein une équipe de campagne. Cela me permet de conserver dans l’analyse le maximum d’indépendance et un minimum d’objectivité.

Je vous livre donc une véritable plongée dans cette campagne, de septembre 2011 au 6 mai 2012 et aux quelques semaines qui complètent ce feuilleton de l’alternance. Je ne cache rien de mes convictions, de mes analyses, de mes recommandations, de mes doutes, mes déceptions, mes erreurs aussi.

Au fond, malgré tous les handicaps du président sortant, je ne pensais pas réellement possible la victoire de François Hollande. Jamais, sous la Ve République, on n’avait élu un président sans qu’il ait fait ce que j’appelle dans cet ouvrage le parcours initiatique avec des responsabilités gouvernementales et une connaissance du monde.

L’homme normal a gagné, alors même que les circonstances sont exceptionnelles, et peut-être d’ailleurs à cause de cela. Et il l’a fait en tenant, une année durant, le même cap, les mêmes engagements, la même attitude, cette extrême prudence, ne pas prendre de risques, conditions selon lui d’une stratégie gagnante. Dans ses premières interventions télévisées, derrière le président perce encore le candidat. Aucune rupture, toujours la constance dans cette normalité, guère d’analyse en profondeur, pas non plus de grands dégagements sur l’état du monde. Cette banalité vise à rassurer. Elle risque vite de devenir inquiétante.

Je vais donc devoir remettre à jour mes logiciels issus de ma pratique des campagnes présidentielles depuis celle de Jacques Chaban-Delmas en 1973. Je regrette d’autant plus ce rendez-vous manqué de Nicolas Sarkozy avec la France qu’à moins de 2 % d’écart, il aurait peut-être été possible d’inverser la tendance.

Les lendemains de défaite sont cruels pour les collaborateurs et les conseillers. Dès les élections législatives passées, vous allez entendre vouer aux gémonies Messieurs Buisson, Giacometti, Louvrier et consorts. Il faut faire la part des choses. J’explique dans les pages qui suivent en quoi la stratégie « Buisson » comme on l’a qualifiée, de s’adresser en priorité aux classes populaires était la bonne. Je dis aussi pourquoi et comment j’aurais déployé différemment la campagne au second tour comme la tactique du face à face avec François Hollande.

Le premier tour des élections législatives semble confirmer mon pronostic. Les Français pensent que, quitte à avoir changé de président, il faut lui donner la chance de faire ses preuves… ou tous les moyens de se planter. La seule inconnue, à mes yeux, réside dans le fait de savoir si ce sera une majorité absolue pour le Parti socialiste ou relative. Dans cette dernière hypothèse qui est la mienne, les difficultés s’amplifieront avec la surveillance écologiste et la surenchère du front de gauche.

Dès le lendemain des législatives, les couteaux s’affuteront pour le leadership de l’UMP avec, en visée, la conquête de l’Elysée en 2017. J’invite, sur ce dernier point, les protagonistes à la prudence. Comme je l’explique en conclusion, je ne doute pas une seconde que Nicolas Sarkozy va se consacrer à fond à sa nouvelle vie. C’est dans son tempérament. Si les circonstances l’exigent, en particulier la crise, si la « normalité » finit par décevoir, la France lassée par cette « banalitude » attendra à nouveau un champion. Nicolas Sarkozy, par son score, l’élégance de son départ, son expérience incontestable, la popularité qu’il va retrouver, préserve toutes ses chances de faire un come-back.

En France l’alternance est un éternel recommencement, les feuilletons ont toujours une suite. Mais commençons par le dernier épisode.

68 % DES FRANÇAIS PESSIMISTES POUR L’AVENIR

Tel est le résultat principal de la 27ème vague d’enquête du baromètre de l’état d’esprit des Français Ifop/Dimanche Ouest France.32 % d’optimistes, c’est le deuxième plus mauvais score depuis 27 ans. Dans aucun domaine (sauf la protection de l’environnement et encore à 50/50), les Français ne font confiance au gouvernement. Le top de la défiance concerne l’augmentation du pouvoir d’achat (80 %) et la baisse des impôts (83 %).

Il ne faut pas s’y tromper. Ce pessimisme collectif, j’en parle souvent ici, est habituel, spécialement en France. Vous en connaissez l’une des explications. Plus nous noircissons  le monde qui nous entoure, plus nos performances personnelles sont valorisées et le bonheur individuel amplifié dans la sphère de proximité (l’immense majorité des Français se déclare heureuse dans sa vie personnelle). On notera néanmoins que c’est la première fois que l’inquiétude est aussi forte en début de mandat présidentiel. En décembre 2007, après l’élection de Nicolas Sarkozy, le niveau de pessimisme était à 47 % contre 53 %. Evidemment, la crise s’est installée et le climat s’en ressent. Il y a néanmoins là comme un échec de la part de rêve que François Hollande avait mis dans sa campagne. C’est un enseignement que je diffuse depuis longtemps : l’optimiste n’est pas le Lou Ravi de la crèche provençale. Il n’est ni béat, ni rêveur. Il regarde les difficultés en face, ne les contourne pas, mobilise des énergies positives pour y faire face.

Raymond Devos disait : « C’est une grande responsabilité que d’entraîner les gens dans le rêve. Il faut ensuite les accompagner pour redescendre sur terre ». Une phrase à méditer pour nos dirigeants.

Positivez…surtout face aux difficultés

Je suis régulièrement interpellé autour de la question : « Mais comment être optimiste en pleine crise quand il y a tant de difficultés ou de malheur ? ».

L’optimiste n’est pas béat, comme le Lou Ravi de la crèche provençale, il n’est pas un inconscient ni un nanti. Il sait que c’est justement quand cela va mal qu’il faut le plus mobiliser des énergies positives.

J’ai préfacé « Les 101 Mots de l’Optimisme » par un hommage au  grand philosophe Alain. Rendez-vous compte, dès 1925 il dit l’essentiel dans ses « Propos sur le bonheur ». Il nous invite à défricher notre humeur, croire, espérer et sourire. Il nous dit que l’optimisme n’est pas de l’ordre de ce que l’on a mais de ce que l’on fait. Je trouve qu’il qu’y a dans cet ouvrage d’Alain un parallèle saisissant  avec le livre magnifique publié, près d’un siècle plus tard, par David Servan-Schreiber : « On peut se dire au-revoir plusieurs fois ». Plus encore que le récit des dix-neuf années de lutte pour faire reculer la mort, c’est un hymne à la vie, au courage qui fait paraître souvent ridicules nos contrariétés ou nos petits malheurs. David Servan-Schreiber faisait régulièrement des exercices de pensée positive, la culture joyeuse du sentiment de gratitude et du bonheur de vivre, en particulier lorsqu’il proclamait : « si je dois arrêter de rire parce que j’ai un cancer, je suis déjà mort ». C’est la leçon de Camus dans « Le Mythe de Sisyphe » : « c’est au plus fort de l’hiver que j’ai compris qu’il existait en moi un invincible printemps ». Ce printemps au cœur de l’hiver, je l’ai vu, il y a trente ans, dans le regard de Rmistes que j’allais voir, en tant qu’élu local, sur des chantiers-écoles de réinsertion. Ceux qui veulent s’en sortir n’ont pas le temps d’avoir des états d’âme. Je l’ai retrouvé dans tous les messages de personnes faisant face à des maladies graves, m’affirmant que leur optimisme les soutenait  et, pour certaines, leur faisait même découvrir de nouvelles raisons d’espérer.

D’ailleurs, reconnaissons que dans notre vie personnelle, vis-à-vis de notre famille, de ceux que nous aimons, nous nous astreignons à une hygiène de vie positive. Nous ne voulons pas accabler nos proches de nos tourments, nous faisons bonne figure, nous relativisons, nous gérons les difficultés, les contraintes et passons à autre chose. Cet élan protecteur est la base même de la positive attitude, la démonstration éclatante que beaucoup, comme Monsieur Jourdain faisait de la prose, sans forcément en être conscients, s’inspirent au quotidien des enseignements de la psychologie positive.

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