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La campagne de communication gouvernementale sur le Grand emprunt et les investissements d’avenir a déclenché l’ire de Benoît Hamon, porte-parole du Parti socialiste, qui demande son annulation.

Je vois bien une certaine logique du jeu politique qui consiste toujours, pour l’opposition, à critiquer l’Etat, voire à lui interdire de porter à la connaissance des Français ses initiatives et ses projets.

C’est pourtant bien, comme l’ont fait tous les gouvernements depuis toujours, l’objectif de la communication gouvernementale.

Cette communication porte sur des comportements, sécurité routière, santé, environnement, ou sur des informations concernant l’emploi, la solidarité, l’éducation, les priorités de l’avenir, etc… Dans tous les cas, il s’agit de politiques publiques légitimes, proposées par le Gouvernement, soumises au Parlement, et qu’il faut donc faire connaître.

Au fond, je crois qu’il y a consensus dans l’opinion sur l’idée que l’Etat doit maîtriser ses dépenses de fonctionnement pour lutter contre les déficits et en même temps investir de façon rentable dans des secteurs porteurs qui créeront de l’activité, de l’emploi et des recettes. C’est bien l’enjeu du grand emprunt et des investissements dans les universités, la recherche, les PME, l’industrie, les énergies renouvelables, les nouvelles technologies. Cela explique d’ailleurs l’énervement de Monsieur Hamon. La critique de la communication apparaît dès lors comme la preuve de l’incapacité à proposer une solution alternative.

De quoi Monsieur Badiou est-il le nom ?

Monsieur Badiou est professeur de philosophie et auteur à ses heures d’un livre remarqué et assez glauque « De quoi Sarkozy est-il le nom ? »

Monsieur Badiou se spécialise en effet sur un créneau assez peu fréquenté : la régénération du communisme. Il est dans l’attente de « réinstaller l’hypothèse communiste à grande échelle » (ce qui effectivement risque de prendre un certain temps). Alors il cherche, comme il l’écrit dans une tribune du Monde, datée des 14 et 15 février, « un point réel », « une morale provisoire », « une figure subjective consistante » et semble l’avoir trouvé dans « le prolétaire étranger sans papiers » et cela, bien sûr, « sans égard pour les lois du monde ».

Alors me direz-vous : y a-t-il encore quelque chose à régénérer ? Monsieur Badiou n’en doute pas lorsqu’il écrit : « notons au passage que nos critiques prétendent jeter aux orties le mot communisme sous prétexte qu’une expérience de communisme d’Etat, qui a duré soixante-dix ans, a tragiquement échoué. Quelle plaisanterie ! Quand il s’agit de renverser la domination des riches et l’hérédité de la puissance, qui durent depuis des millénaires, on vient nous objecter soixante-dix ans de tâtonnements, de violences et d’impasses ! En vérité, l’idée communiste n’a parcouru qu’une portion infime du temps de sa vérification, de son effectuation. »

Vous avez bien lu.

Le communisme d’Etat a été une expérience. Même si elle a échoué c’est une plaisanterie d’en profiter pour la condamner. On est bien là au coeur d’une monstruosité : faudrait-il à Monsieur Badiou à nouveau des millions de morts et des goulags pour finir sa vérification et son effectuation ?

Nous sommes ici par la volonté des médias.

Des syndicalistes viennent de retenir en otages durant une nuit deux dirigeants d’une entreprise parce que, selon eux, « c’est le seul moyen de retenir l’attention des médias ».

En 1990, j’ai consacré un livre « Nous sommes ici par la volonté des médias » à la façon dont les médias et bien sûr, en premier lieu, la télévision rythmaient notre vie collective, influençaient l’opinion, conduisaient aussi à inventer des gestes permettant de faire l’actualité.

L’image est irrationnelle, spectaculaire, émotionnelle, sensationnelle. Dans le monde cathodique, ce qui ne fait pas image n’existe pas. Cela a bien sûr ses limites. Nous croyons ce que nous voyons mais nous voyons seulement là où il y a des caméras pour filmer. Cette hiérarchisation de l’actualité implique donc de créer l’événement, le scoop, y compris en marge de la loi ou à son encontre, pour espérer avoir accès aux médias.

Des séquestrations aux voitures brûlées pour voir son « oeuvre » à la télévision jusqu’aux attentats les plus spectaculaires, il est indéniable que la protestation et même le terrorisme intègrent aujourd’hui la dimension médiatique. Et reviennent en boucle les questions lancinantes : faut-il tout dire, tout montrer, quelles limites, quelle distance ? Peut-on jouer un rôle important pour promouvoir des comportements positifs en évitant de le faire pour les comportements négatifs ?

Il s’agit d’autant moins de donner des leçons que nombre de médias et de journalistes se posent ces questions. Il s’agit d’avoir une réflexion collective sur notre capacité à éviter que nos sociétés, de plus en plus interconnectées, fassent de la violence sous toutes ses formes l’élément de représentation le plus aisé à être diffusé.

Les réussites d’un débat

Première réussite du débat de TF1 entre le Président et les Français : l’authenticité, la complémentarité, la représentativité des onze Français qui ont témoigné et discuté avec le chef de l’Etat. Ils sont pour beaucoup dans le succès de l’émission.

Deuxième réussite, une explication directe, franche, loyale, une conversation pleine de spontanéité entre le chef de l’Etat et les Français.

Troisième réussite, un Président simple, attentif, à l’écoute, serein, au top de sa connaissance des dossiers.

Quatrième réussite, l’audience excellente qui en dit assez sur la prétendue usure de la parole présidentielle.

Bref, un véritable exercice de démocratie directe, une première … qui ne sera sans doute pas une dernière.

Une fraternité francophone

J’ai connu Haïti voici bien longtemps. A l’époque, comme à Cuba et évidemment plus encore à Saint-Domingue,  le tourisme y représentait une ressource non négligeable. C’est un pays magnifique, aux habitants très attachants que les lois terribles de la nature et la folie des hommes semblent vouer à l’auto-destruction.

L’émotion est à son comble. L’image y est pour beaucoup. Et comme toujours se pose la question lancinante : et après ? Lorsque nous serons passés à autre chose, que deviendront-ils ? Tel est bien le sens de la conférence internationale qui devra se tenir pour financer non seulement la reconstruction mais aussi un plan de développement, en particulier économique et touristique.

Ce serait bien le signe que le monde ne vit pas seulement dans l’instant, d’une émotion à une autre et que le volontarisme dont nous nous réclamons ici est aussi celui d’une fraternité francophone.

Deux ou trois choses que je sais des sondages

Comme toujours, la polémique facile et la démagogie ambiante conduisent à toutes sortes d’amalgames et de confusions sur la communication, en général, et sur les sondages, en particulier.

Les sondages sont-ils nécessaires à la compréhension de l’opinion ? Evidemment. Pour prendre le pouls de l’opinion, comprendre ses attentes, analyser l’accueil fait à une annonce, à la perception d’une mesure ou d’une réforme, tester une campagne de communication pour l’orienter au mieux. La démocratie est construite sur le lien entre une offre politique et une demande citoyenne. Il faut entendre l’opinion par tous les moyens. En allant sur le terrain. Jamais un chef d’Etat, un Premier ministre et des membres du gouvernement ne se sont autant déplacés. En écoutant les parlementaires qui ont beaucoup de choses à dire en rentrant de leur circonscription. Et aussi en faisant des sondages comme le font tous les gouvernements depuis 30 ans.

Y-a-t-il trop de sondages ? Les études les plus nombreuses sont celles publiées par les médias, à raison de deux ou trois par jour en moyenne. On finit, c’est vrai, par ne plus s’y retrouver avec les cotes de popularité, de confiance, d’avenir, etc. qui jouent au yo-yo et d’ailleurs cachent l’essentiel. J’ai expliqué depuis longtemps que la popularité était fonction de l’instant, des humeurs, de l’actualité et bien sûr de la crise. L’essentiel, c’est la légitimité dans la durée, c’est la volonté et la crédibilité à réformer, l’aptitude à gouverner, la capacité à assurer la place de la France en Europe et dans le monde. Tout le monde fait des sondages, les gouvernements, les entreprises, les médias, les partis politiques. Qu’a fait le Parti socialiste pour animer un séminaire de « reconstruction » ? Un sondage.

Gouverne-t-on par les sondages ?
Cela voudrait dire que l’on suit l’opinion au lieu de l’entraîner, que la politique est avant tout du marketing et se traiterait comme un produit. Ce serait une politique à courte vue, sans espoir ni perspective. La plupart des réformes créent au début des incompréhensions, des insatisfactions. Il faut du temps pour concevoir, mettre en œuvre, justifier de résultats.

Si l’on gouvernait par les sondages, il n’y aurait pas eu 80 réformes. Le mot réforme ne serait pas entré dans le vocabulaire quotidien des Français et des médias (souvenez-vous, il y a encore trois ans c’était un mot rare). Et l’on repousserait la réforme des retraites à bien plus tard.

En revanche, pour essayer de s’expliquer dans les meilleures conditions, de communiquer le plus clairement possible, tout ce qui permet de prendre en compte en profondeur l’opinion est utile. C’est vrai notamment des études de toute nature, de l’analyse des médias, des débats sur internet, autant de sources qui éclairent les décideurs..

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