De quoi Monsieur Badiou est-il le nom ?

Monsieur Badiou est professeur de philosophie et auteur à ses heures d’un livre remarqué et assez glauque « De quoi Sarkozy est-il le nom ? »

Monsieur Badiou se spécialise en effet sur un créneau assez peu fréquenté : la régénération du communisme. Il est dans l’attente de « réinstaller l’hypothèse communiste à grande échelle » (ce qui effectivement risque de prendre un certain temps). Alors il cherche, comme il l’écrit dans une tribune du Monde, datée des 14 et 15 février, « un point réel », « une morale provisoire », « une figure subjective consistante » et semble l’avoir trouvé dans « le prolétaire étranger sans papiers » et cela, bien sûr, « sans égard pour les lois du monde ».

Alors me direz-vous : y a-t-il encore quelque chose à régénérer ? Monsieur Badiou n’en doute pas lorsqu’il écrit : « notons au passage que nos critiques prétendent jeter aux orties le mot communisme sous prétexte qu’une expérience de communisme d’Etat, qui a duré soixante-dix ans, a tragiquement échoué. Quelle plaisanterie ! Quand il s’agit de renverser la domination des riches et l’hérédité de la puissance, qui durent depuis des millénaires, on vient nous objecter soixante-dix ans de tâtonnements, de violences et d’impasses ! En vérité, l’idée communiste n’a parcouru qu’une portion infime du temps de sa vérification, de son effectuation. »

Vous avez bien lu.

Le communisme d’Etat a été une expérience. Même si elle a échoué c’est une plaisanterie d’en profiter pour la condamner. On est bien là au coeur d’une monstruosité : faudrait-il à Monsieur Badiou à nouveau des millions de morts et des goulags pour finir sa vérification et son effectuation ?

Nous sommes ici par la volonté des médias.

Des syndicalistes viennent de retenir en otages durant une nuit deux dirigeants d’une entreprise parce que, selon eux, « c’est le seul moyen de retenir l’attention des médias ».

En 1990, j’ai consacré un livre « Nous sommes ici par la volonté des médias » à la façon dont les médias et bien sûr, en premier lieu, la télévision rythmaient notre vie collective, influençaient l’opinion, conduisaient aussi à inventer des gestes permettant de faire l’actualité.

L’image est irrationnelle, spectaculaire, émotionnelle, sensationnelle. Dans le monde cathodique, ce qui ne fait pas image n’existe pas. Cela a bien sûr ses limites. Nous croyons ce que nous voyons mais nous voyons seulement là où il y a des caméras pour filmer. Cette hiérarchisation de l’actualité implique donc de créer l’événement, le scoop, y compris en marge de la loi ou à son encontre, pour espérer avoir accès aux médias.

Des séquestrations aux voitures brûlées pour voir son « oeuvre » à la télévision jusqu’aux attentats les plus spectaculaires, il est indéniable que la protestation et même le terrorisme intègrent aujourd’hui la dimension médiatique. Et reviennent en boucle les questions lancinantes : faut-il tout dire, tout montrer, quelles limites, quelle distance ? Peut-on jouer un rôle important pour promouvoir des comportements positifs en évitant de le faire pour les comportements négatifs ?

Il s’agit d’autant moins de donner des leçons que nombre de médias et de journalistes se posent ces questions. Il s’agit d’avoir une réflexion collective sur notre capacité à éviter que nos sociétés, de plus en plus interconnectées, fassent de la violence sous toutes ses formes l’élément de représentation le plus aisé à être diffusé.

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