Micro partis : la transparence avant tout

J’entends bien ceux qui sont choqués par la multiplication des micro partis autour d’un élu ou d’un leader politique et en conséquence par le fait qu’un contribuable puisse financer plusieurs organisations politiques.

Mais l’arbre ne doit pas cacher la forêt. Voyons le chemin parcouru : on est bien passé pour l’essentiel d’un financement opaque et clandestin de la vie politique à un fonctionnement transparent et contrôlé.

La constitution prévoit que les partis se forment librement et concourent à l’expression de la démocratie. Deux questions me paraissent alors essentielles : cela doit-il valoir exclusivement pour les grands partis nationaux ou englober également les clubs ou structures plus locales pour les inciter à se financer justement de la façon la plus claire ? Préfère-t-on la structure associative, beaucoup moins contrôlée, et autorisant les financements sans aucune limitation ?

Il est clair que, même monté en épingle par quelques-uns, avides de sensationnel, le volume financier des micro partis est infime par rapport aux dispositions légales concernant le financement global de la vie politique. Il est non moins clair qu’il ne faut pas décourager les citoyens mais les encourager à participer au financement de la vie publique, de façon à équilibrer la contribution de l’Etat (qu’il s’agisse de l’apport des particuliers aux campagnes électorales ou des déductions fiscales qui leur sont consenties).

Tout dispositif peut être ainsi discuté et amélioré mais sans perdre de vue l’objectif premier : la transparence des recettes et le contrôle des dépenses

Mieux vaut-il croire un journal ou un publicitaire ?

J’ai répondu, sur LePost.fr, à un billet d’un blogueur qui y reprenait une information du quotidien Libération, selon laquelle la centrale d’achat d’espace de toutes les campagnes de communication des opérateurs publics était chargée de mobiliser – avec un budget de 120 millions d’euros – des équipes dédiées au story telling en faveur du chef de l’Etat.

J’ai parlé de fantasmes. Le budget évoqué est en effet celui de la totalité des campagnes de communication publique, dont les deux tiers portent sur la sécurité routière, la santé, l’environnement et la lutte contre le cancer. Les marchés sont publics, la transparence totale, les messages signés. Tout est contrôlé par le Parlement et la Cour des Comptes. Il n’y a aucune place dans ces procédures pour du soi-disant story telling politique.

Ce que j’ai trouvé le plus signifiant, ce n’est pas tellement qu’un journal comme Libé cherche du sensationnel, disons… aléatoire, ni même la reprise de l’argumentation par LePost. Ce sont les commentaires qui ont suivi ma réponse.

Il n’y a quasiment aucun argument, aucune idée de réfuter mes propos, rien qui donne un peu de sens à la critique. Au mieux, on trouve une vague interrogation « peut-être dit-il la vérité… », une disqualification par la fonction « dur d’être crédible quand on est le directeur du service d’information d’un tel gouvernement ». Pour le reste, on est plutôt dans le genre « clown reconnu » ou « mais mon gars ça fait perpet’ qu’on ne croit plus vos délires ». Avec enfin la question qui tue : «mieux vaut-il croire un journal ou un publicitaire ? ».

On voit bien, au fond, que la question n’est pas de quoi on parle mais qui le dit. L’enjeu n’est ni le sujet, ni l’argumentation développée, ni la crédibilité. L’enjeu est uniquement celui de la posture : il y a des choses auxquelles on peut et même auxquelles on doit croire systématiquement, d’autres pas. C’est la négation de l’échange, du dialogue, de la confrontation. C’est une forme de perte de son autonomie, comme si l’on négligeait son libre arbitre, l’indépendance de sa pensée, la capacité de mesure au profit de clichés, de rejets systématiques, d’exclusion et pour tout dire d’extrémisme.

Ce à quoi il faut croire, plus qu’un journal, un publicitaire ou quiconque, c’est à notre capacité à être libre, à rechercher toutes les informations, à accepter la contradiction, à nous enrichir de nos différences, à respecter les autres et spécialement les adversaires.

Cela pourrait se définir comme une approche démocratique sur laquelle certains habitués des commentaires sur le Net ont encore quelques progrès à faire.

Fiction et réalité

Rumeur, confusion, amalgame, la chasse est ouverte. Comme toujours, elle se situe dans un contexte : on ne vise pas par hasard le ministre qui conduit la réforme des retraites et avait, dans ses fonctions précédentes, déclaré la guerre à la fraude fiscale.

Comme toujours, elle génère son lot de sous-entendus et de déformations : Madame Woerth ne gérait pas la fortune de Madame Bettencourt mais, dans des conditions parfaitement transparentes, les placements des dividendes perçus au titre de ses participations dans l’Oréal.

Comme toujours, elle confine à l’absurde : les pouvoirs publics ne pouvaient pas se désintéresser de la situation de l’une des plus grandes entreprises mondiales dont le siège est en France. De la même façon, il faut condamner toute fraude, même marginale par rapport à la fortune de Madame Bettencourt, tout en se félicitant que la première contribuable privée de France n’ait jamais cherché à s’exiler fiscalement. Chacun conviendra, au moment où la France cherche à faire revenir des patrimoines fiscaux de l’étranger, qu’il ne faut pas non plus en perdre.

Pour le reste, dans ce conflit à l’origine familial, laissons la justice comme le fisc faire leur métier. Ces institutions fonctionnent dans le temps long. Elles étudient, comparent, confrontent et surtout offrent des garanties. Rien à voir avec un feuilleton à rebondissements programmés où, dans l’instant, tout se mêle, se mixe et se confond : une rumeur, une hypothèse, un fait, un montage, une manipulation. Cela s’appelle une fiction, comme par exemple faire tourner toute une histoire autour d’un ministre parce qu’il est en vue alors qu’il n’y a joué aucun rôle direct.

Une fiction est le contraire de la réalité.

Il faut toujours se féliciter de tout ce qui concourt à l’exemplarité des dirigeants quels qu’ils soient. Et il faut toujours se méfier des justiciers à la petite semaine, des règlements de compte démagogiques, des procès d’intention. Ils détournent des vraies questions, alimentent le populisme et son « tous pourris » préféré. Dans cet univers glauque, qui voudra encore demain s’engager dans la vie publique ?

Gaulliste

J’ai découvert le gaullisme enfant, dans une famille nombreuse et modeste qui révérait la France et admirait celui qui l’avait sauvée et relevée.

Membre de l’Action Étudiante Gaulliste à 16 ans et délégué de l’UJP (les jeunes gaullistes) à 18 ans, j’ai construit mon passage à l’âge adulte, ma citoyenneté, ma formation à la communication autour du militantisme.

Quarante cinq ans plus tard, je mesure la chance que nous avons eu d’accrocher notre char à une étoile, d’avoir donné le maximum de nous-mêmes pour un homme d’exception et servi notre pays. Il a rencontré l’histoire et il nous a donné, à notre place infime, l’opportunité d’y participer.

J’entends dire où je lis ici ou là que le gaullisme n’est plus d’actualité. Il serait mort avec le Général. Cela vaut certainement pour ceux qui lisent dans une boule de cristal et prétendent savoir ce qu’aurait fait Charles de Gaulle dans telle ou telle circonstance. Cela vaut aussi pour ceux qui s’en servent de cache-misère comme si l’ombre du grand homme pouvait masquer leur absence de consistance.

Les temps changent, les défis et les périls ne sont plus les mêmes, mais il y a tant de choses qui peuvent encore nous inspirer dans le gaullisme : les institutions, la place de la  France dans le monde, le moteur franco-allemand dans l’Europe, l’autorité de l’État, la volonté de réformer, la relation capital/travail plus que jamais d’actualité.

Nous devons savoir nous adapter en gardant l’éthique, l’idée même de servir, le sens de l’engagement, quel qu’il soit, pour une cause qui nous dépasse et donne un sens à notre vie.

Mais avant tout, il y a peut-être surtout cette idée du volontarisme, du refus de la fatalité comme de ce syndrome de la dépossession qui fait penser à certains que nous n’avons plus prise sur notre destin. La nostalgie de l’âge d’or n’est pas gaulliste. Il y a toujours « un pacte multiséculaire entre la grandeur de la France et la liberté du monde ». Cela tient à l’énergie de nos dirigeants comme à la volonté de chaque Français.

« Tout recommence toujours, ce que j’ai fait sera tôt ou tard source d’ardeur nouvelle » : plus que jamais, en ces temps difficiles d’adaptation de nos sociétés à un monde qui se réinvente, 70 ans après l’appel du 18 juin, 52 ans après la création de la 5ème république, restons des militants.

N’oublions jamais cette voix qui résonne encore pour une nation comme pour chacun d’entre nous : « la vie est un combat, le succès coûte l’effort, le salut exige la victoire ».

Parlez-vous le « Jean-François he Kahn » ?

Yes he can, il peut tout Jean-François Kahn, même transformer un dérapage en complot médiatico-politique. Si vous en voulez la preuve, lisez, cette semaine, sa tribune dans l’hebdo Marianne.

Il vilipende « les chiens couchants, le cabinet noir, les journalistes tenus en laisse » et même François Hollande, « intoxiqué », tous accusés d’avoir osé critiquer la comparaison faite par Martine Aubry entre Nicolas  Sarkozy et  Monsieur Madoff. Pour lui, c’est juste « une vanne », « pas un moment, ni de près ni de loin, même de façon allusive, elle n’a comparé Sarkozy à Madoff ».

Le problème, c’est que ce langage gère ses impasses. On pourrait penser qu’un penseur, même énervé, donne au lecteur l’information de base lui permettant de faire lui-même son propre jugement.

Mais Jean-François Kahn se garde bien de publier in-extenso la petite phrase en question.

Moi, je vous la livre, la déclaration de Martine Aubry, pour que justement vous fassiez jouer votre libre-arbitre et aussi vos connaissances grammaticales : « J’ai un peu l’impression, quand Nicolas Sarkozy nous donne des leçons de maîtrise budgétaire, que c’est un peu M. Madoff qui administre quelques cours de comptabilité ».

Chacun en tirera les conclusions qu’il souhaite, en particulier sur le respect de la fonction présidentielle. Pour en revenir à Jean-François Kahn, et si l’on comprend le français, il est difficile de ne pas considérer que Martine Aubry a, même « un peu », comparé le chef de l’Etat à Monsieur Madoff.

Mais le « Jean-François he Kahn » est un langage qui ne s’embarrasse pas de ces contraintes. Il définit un concept, un angle, comme l’on dit dans le journalisme, et masque ensuite la réalité pour s’y conformer. « Une manip « grosse comme un semi-remorque », selon l’une de ses expressions.

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