Sortie du nouveau livre de Thierry Saussez : Manifeste pour l’optimisme

J’ai écrit ce livre pour tenter de résoudre une énigme française.  Pourquoi sommes-nous champions du monde du pessimisme, de la défiance collective, alors même que notre confiance individuelle est forte et que l’immense majorité des Français s’estiment heureux ?

J’avais commencé mon ouvrage lorsqu’est sorti un best-seller inattendu, un petit livre d’à peine trente pages intitulé « Indignez-vous ». Rédigé par une personnalité très honorable et respectée, Stéphane Hessel, il nous invite à nous indigner de tout, l’argent-roi, les inégalités, la dictature des marchés financiers, la mondialisation, les riches, la sécurité sociale et les retraites bradées, les féodalités économiques, etc. La ligne est d’en revenir au programme du Conseil National de la Résistance, c’est-à-dire soixante-sept ans en arrière…

J’y ai trouvé bien des poncifs évoqués dans ce livre : la nostalgie d’un passé qui ne reviendra jamais, la machine à déprimer, l’angle systématiquement négatif, le verre à moitié vide, le « y’a qu’à, faut qu’on » pour tout faire financer par l’Etat-providence, sans jamais dire comment. Nous sommes au cœur d’une spécialité bien française, très en vogue, la cohorte des pseudo-experts qui nous prédisent toujours le pire, des dézingueurs et des nouveaux mesquins.

Avec tout le respect dû à l’honorable « indigné », peut-on lui faire remarquer, en plus, que contrairement à ce qu’il indique, la liberté de la presse n’est pas menacée. Sans doute même a-t-elle rarement été aussi critique et persifleuse envers le pouvoir politique mais aussi, pour reprendre ses termes, envers celui des « puissances d’argent » qui le financent. Où donc, Monsieur Hessel, avez-vous vu que l’idéal de l’école républicaine était mis au service de la société de l’argent ?

Quand vous dénoncez la course à l’argent  et l’encouragement de la compétition, est-ce pour nier le droit de chacun d’améliorer son pouvoir d’achat ? Pourquoi, vous qui êtes un exemple et prônez la non-violence, témoignez-vous de compréhension à l’égard des actes terroristes du Hamas en les présentant comme une forme d’exaspération presque naturelle ?

L’indignation est sans solution et sans espoir. Elle ne fait qu’entretenir ce mal français, l’exagération des risques et des souffrances, le recours à la victimisation, la recherche de boucs-émissaires.

Ce n’est pas d’indignation dont la France a besoin, c’est d’action, de mobilisation, d’engagement.

Assez de défiance ! Le culte du déclin, ça suffit ! Ras le bol des prophètes de malheur !

Dans la France d’aujourd’hui, confrontée au monde réel, la bataille entre confiance et défiance est engagée. Plus que jamais, pour reprendre la phrase du philosophe Alain, « le pessimisme est d’humeur, l’optimisme de volonté ».

La seule querelle qui vaille est de savoir si la somme de nos confiances individuelles peut devenir la grande force d’entraînement collectif à laquelle, comme si souvent dans notre histoire, rien ne résistera.

A vous de choisir.

 

Le Blog du Livre

Dominique Strauss-Kahn

Je ne suis pas du genre à accabler une personne dans la tourmente ou à me réjouir des difficultés d’un camp qui n’est pas le mien. Comme beaucoup, je suis choqué par ces images d’un homme menotté ou hagard dans un prétoire. Elles sont peu respectueuses de la dignité de la personne.  Il y a de quoi être effaré par le festival d’hypocrisie auquel nous assistons depuis quelques jours.

On semble découvrir la présomption d’innocence alors que le système médiatique français la foule aux pieds depuis des années, ne serait-ce qu’en vedettisant une mise en examen et en minimisant ensuite un non-lieu.

Les médias s’indignent de la façon dont la police américaine traite un prévenu mais  passent et repassent en boucle ces images censées être révoltantes.

On accable la justice américaine où l’accusation et la défense s’opposent clairement alors qu’en France où notre justice est censée instruire à charge et à décharge, tout le monde sait très bien que cette instruction se fait le plus souvent en sens unique, c’est-à-dire à charge.

Les leaders socialistes font part de leur émotion, le matin, et adaptent le soir, en urgence, leur stratégie avec un concurrent de moins.

Celui qui était élu d’avance sort du champ en 48 heures et François Hollande prend aussitôt sa place dans le monde virtuel des sondages à un an de l’élection.

Je traite de cette dernière question dans mon prochain livre sur la confiance et la défiance, la vraie vie et le monde virtuel…

Si vous le voulez bien, nous en reparlerons donc.

Un gros bémol

« Marine le Pen, le plébiscite ouvrier » titre le Journal Du Dimanche du 24 avril.
L’information provient d’un sondage Ifop/Paris-Match/Europe 1. La démonstration est apparemment éloquente : « La fille Le Pen recueille 36 % des voix chez les travailleurs (comprenez les ouvriers) ». Très loin devant Dominique Strauss-Kahn (17 %) et Nicolas Sarkozy (15 %).
Il y a juste un gros bémol (comme vient de le souligner très justement Le Canard Enchaîné). Dans un échantillon national de sondage comme celui qui a été réalisé, le nombre d’ouvriers interrogés est au maximum de 160, ce qui veut dire que « le plébiscite » de Marine Le Pen est basé sur la réponse d’environ 50 personnes.
Loin de moi l’idée de nier qu’effectivement Marine Le Pen réussit une percée notamment dans les classes populaires au détriment du Parti Socialiste et auprès des déçus du sarkozysme. Mais trop c’est trop. Il est temps d’arrêter cette exploitation abusive de données sommaires sans tenir compte des précautions méthodologiques expressément indiquées par les responsables des instituts y compris sur le sondage en question : c’est un résultat « à un moment donné » qui n’est pas prédictif du scrutin, et la marge d’erreur est d’autant plus importante que l’échantillon est faible.
Mais surtout, même dans cet univers où tout fait matière à vendre, à chercher le scoop, à privilégier le sensationnel, chacun devrait s’interroger sur la responsabilité qu’il prend non seulement à banaliser le Front National mais même à promouvoir Madame Le Pen.

Une impression de malaise

J’ai appris à connaitre et à aimer l’Afrique depuis longtemps, et plus particulièrement durant les 5 années pendant lesquelles j’ai eu la responsabilité d’assurer la promotion de la Cote d’Ivoire en Europe. Cette mission s’est brutalement interrompue fin 1999, lors du premier putsch militaire qui a ouvert une longue période de déstabilisation et de déclin de ce pays phare pour toute l’Afrique de l’Ouest. Une partie du destin du continent et donc du monde se joue en Côte d’Ivoire, et personne de raisonnable ne peut se désintéresser des drames humains, économiques, sociaux, géopolitiques que la guerre civile a entraînés. Personne de raisonnable ne peut, non plus, refuser de se féliciter de la fin de la folie meurtrière qui a marqué la chute de Laurent Gbagbo.

Pourquoi, dans ces conditions, ressent-on une impression de malaise, alors même que notre pays a été exemplaire  dans son intervention pour mettre un terme à cette situation ? Parmi sans doute bien des raisons, je veux en aborder deux qui tiennent à la couverture médiatique des événements.

La grande question qui semblait obséder de nombreux  journalistes était de savoir si des soldats français étaient présents dans la résidence présidentielle lors de l’arrestation du Président sortant. C’est une question dérisoire face à l’enjeu d’arrêter les tueries. Mais tout fait matière pour vendre, pour chercher le sensationnel, pour alimenter la polémique. On ne demande pas forcement aux médias de souligner le volontarisme du Président de la République française mais peut-être devrait-on au moins saluer le rôle moteur de la France dans la construction d’une société-monde qui défend la liberté des peuples, les droits de l’homme et la paix. Peut-être devrait-on aussi louer la capacité de nos forces armées à agir en faveur de nos ressortissants et à protéger les populations civiles.

Une autre raison de ce malaise tient aux images de l’arrestation complaisamment diffusées par les télévisions. Images détestables d’un homme en maillot de corps s’épongeant les dessous de bras et d’une ancienne première Dame, qui paradait quelques semaines plus tôt et se trouve là, seule, hébétée, abasourdie face à son destin tragique.

Trop de persiflage d’un côté pour ne pas approuver l’action de la France, trop d’obscénité de l’autre pour exploiter le scoop.

Il est vraiment des circonstances dans lesquelles on rêve d’un journalisme positif et même, disons- le, citoyen.

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