PS

Un monde virtuel

Nous vivons une drôle d’époque.

Il se dit ou s’écrit tant de choses qui nous échappent. Je viens d’en vivre 2 exemples.

La semaine dernière le Canard enchaîné se déchaîne contre moi à partir d’un pré-rapport de la Cour des Comptes sur le fonctionnement du Service d’Information du Gouvernement que je dirigeais. La technique est grossière puisque seul compte, après les réponses et les mises au point , le rapport définitif. Mais cela fait toujours son effet de prétendre, par exemple, que mes frais de bouche, sur 10 mois, étaient de 60.000€! Comme si j’étais venu servir l’Etat pour gueuletonner… Ce poste est, en fait, celui de toutes les réceptions, petit-déjeuners, lancements de campagne etc… de l’ensemble du service. Comme le Canard s’est bien gardé de publier ma mise au point et même si, pan sur le bec, il n’y a eu aucune reprise, on risque de me ressortir cela un jour ou l’autre. Au moins,les faits exacts figureront ici.

Cette semaine (voir l’article), Paul Wermus évoque le déjeuner auquel je participais avec notamment Jean Glavany, l’ancien ministre socialiste. Comme j’évoque la chance que j’ai eue de rester fidèle, y compris dans ma vie professionnelle, à mes idéaux de jeunesse et au gaullisme il me répond que cela ne m’a empêché de faire des offres de service à François Mitterand que j’aurais rencontré à plusieurs reprises à l’Elysée. Il se trouve que je n’ai jamais approché d’aucune manière et à aucun moment l’ancien Président socialiste. Cela aurait sans doute pu se produire mais cela n’est pas le cas… sauf dans la mémoire de Jean Glavany. Ainsi va le monde virtuel…

Il y a comme des doutes

La position officielle du PS sur la réforme des retraites, avancée par Ségolène Royal sur France2, semble sans réserve : solennellement en cas de victoire de la gauche en 2012, la retraite à 60 ans sera rétablie.

Mais il y a quelques bémols. Dès aujourd’hui, l’âge moyen de départ à la retraite à taux plein est d’environ 62 ans. Dans son texte officiel sur les retraites, le PS évoque pudiquement « des dispositions prévues jusqu’en 2020 concernant la durée de cotisation ». Comprenez par là, la référence à la réforme Fillon de 2003 qui effectivement prévoyait un allongement de la durée de cotisation.

Dès lors, on se pose 2 questions :

  • Promettre le maintien de la retraite à 60 ans, n’est-ce pas s’accrocher, comme le déclare Terra Nova, think tank  proche du PS, à «un totem dont  la réalité va s’évanouir» ? La quasi-totalité des futurs retraités se prépare, dans tous les cas de figure, à travailler plus longtemps pour bénéficier d’une meilleure pension.
  • Faut-il croire à l’engagement, même solennel, d’abolir le passage à 62 ans, alors que le PS s’appuie aujourd’hui sur la réforme Fillon de 2003 sur laquelle il s’était aussi engagé à revenir ? Peut-être n’est-ce qu’une question de temps, le député PS Gaétan Gorce reconnaissant lucidement : « l’allongement de la durée de cotisation a été la solution trouvée en 2003. Nous avons mis du temps à nous y rallier ».

Un sondage IFOP pour France Soir vient de livrer des résultats surprenants. Entre Martine Aubry, Dominique Strauss Kahn et Ségolène Royal, la plus fidèle aux idées et aux valeurs de la gauche est de très loin Martine Aubry. Et le ou la plus capable de faire gagner la gauche à l’élection présidentielle est, de très loin, Dominique Strauss Kahn. Le paradoxe est encore plus fort auprès des sympathisants socialistes. Faudrait-il taire ses idées et ses valeurs pour avoir une chance d’être élu ?

Enfin, les sondages ne sont qu’une photographie partielle, à un moment donné, mais il en est un qui est passé presque inaperçu. Libé l’a publié il y a quelques semaines. En matière de confiance sur les questions de sécurité, il plaçait en seconde position, derrière Nicolas Sarkozy et devant les leaders socialistes, Marine Le Pen. J’entends parfois parler d’un 21 avril à l’envers (quand Lionel Jospin n’a pu figurer au second tour de l’élection présidentielle), c’est-à-dire opposant la gauche et le FN .Cette hypothèse, compte tenu de l’exceptionnelle fidélité de l’électorat UMP,  n’est pas crédible.

Attention, en revanche, à un 21 avril à l’endroit si le PS croit pouvoir se contenter de pilonner le Président et le gouvernement  sans se remettre en cause sur les questions de sécurité, d’immigration clandestine, ou avoir le courage d’assumer une réforme claire pour sauver les retraites.

Parlez-vous le « Jean-François he Kahn » ?

Yes he can, il peut tout Jean-François Kahn, même transformer un dérapage en complot médiatico-politique. Si vous en voulez la preuve, lisez, cette semaine, sa tribune dans l’hebdo Marianne.

Il vilipende « les chiens couchants, le cabinet noir, les journalistes tenus en laisse » et même François Hollande, « intoxiqué », tous accusés d’avoir osé critiquer la comparaison faite par Martine Aubry entre Nicolas  Sarkozy et  Monsieur Madoff. Pour lui, c’est juste « une vanne », « pas un moment, ni de près ni de loin, même de façon allusive, elle n’a comparé Sarkozy à Madoff ».

Le problème, c’est que ce langage gère ses impasses. On pourrait penser qu’un penseur, même énervé, donne au lecteur l’information de base lui permettant de faire lui-même son propre jugement.

Mais Jean-François Kahn se garde bien de publier in-extenso la petite phrase en question.

Moi, je vous la livre, la déclaration de Martine Aubry, pour que justement vous fassiez jouer votre libre-arbitre et aussi vos connaissances grammaticales : « J’ai un peu l’impression, quand Nicolas Sarkozy nous donne des leçons de maîtrise budgétaire, que c’est un peu M. Madoff qui administre quelques cours de comptabilité ».

Chacun en tirera les conclusions qu’il souhaite, en particulier sur le respect de la fonction présidentielle. Pour en revenir à Jean-François Kahn, et si l’on comprend le français, il est difficile de ne pas considérer que Martine Aubry a, même « un peu », comparé le chef de l’Etat à Monsieur Madoff.

Mais le « Jean-François he Kahn » est un langage qui ne s’embarrasse pas de ces contraintes. Il définit un concept, un angle, comme l’on dit dans le journalisme, et masque ensuite la réalité pour s’y conformer. « Une manip « grosse comme un semi-remorque », selon l’une de ses expressions.

Polémiques

La campagne de communication gouvernementale sur le Grand emprunt et les investissements d’avenir a déclenché l’ire de Benoît Hamon, porte-parole du Parti socialiste, qui demande son annulation.

Je vois bien une certaine logique du jeu politique qui consiste toujours, pour l’opposition, à critiquer l’Etat, voire à lui interdire de porter à la connaissance des Français ses initiatives et ses projets.

C’est pourtant bien, comme l’ont fait tous les gouvernements depuis toujours, l’objectif de la communication gouvernementale.

Cette communication porte sur des comportements, sécurité routière, santé, environnement, ou sur des informations concernant l’emploi, la solidarité, l’éducation, les priorités de l’avenir, etc… Dans tous les cas, il s’agit de politiques publiques légitimes, proposées par le Gouvernement, soumises au Parlement, et qu’il faut donc faire connaître.

Au fond, je crois qu’il y a consensus dans l’opinion sur l’idée que l’Etat doit maîtriser ses dépenses de fonctionnement pour lutter contre les déficits et en même temps investir de façon rentable dans des secteurs porteurs qui créeront de l’activité, de l’emploi et des recettes. C’est bien l’enjeu du grand emprunt et des investissements dans les universités, la recherche, les PME, l’industrie, les énergies renouvelables, les nouvelles technologies. Cela explique d’ailleurs l’énervement de Monsieur Hamon. La critique de la communication apparaît dès lors comme la preuve de l’incapacité à proposer une solution alternative.

Drôle de coup médiatique

On a beaucoup parlé de l’organisation par Vincent Peillon de son coup d’éclat pour justifier son absence spectaculaire de l’émission « À vous de juger » du 14 janvier 2010.

Tout leader politique est libre ou pas de participer à une émission. Chacun jugera de la méthode qui consiste à préparer assez scrupuleusement avec les journalistes sa participation à une émission pour ne pas s’y rendre.

Ce qui me semble le plus préoccupant au fond, c’est la demande de sanction contre les responsables de « À vous de juger » et notamment Arlette Chabot. C’est un peu comme si l’on aidait tranquillement quelqu’un à construire un échafaud sans qu’il sache que l’on va demander à la fin de lui couper la tête.

On peut après tout avoir des propos rudes entre journalistes et politiques mais à découvert, en face à face, dans le respect de l’autre.

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