Crise

L’avenir de l’Europe

En 1950, Robert Schuman lançait la construction de l’Europe.

60 ans plus tard, un événement aussi considérable vient de se produire. L’Europe met en place un plan sans précédent pour faire reculer la spéculation et éviter que la crise grecque ne s’étende à d’autres pays. Préserver l’euro, c’est à cela que s’est employé, avec la réactivité et l’énergie qui le caractérisent, le Président de la République. C’est cette mobilisation qui devra être accompagnée par une action vigoureuse de lutte contre les déficits sans bien sûr casser la reprise.

Ce qui est en jeu, c’est bien le rêve des pères fondateurs de l’Europe, la paix, le marché commun, la stabilité financière qui ont fait tant de progrès en 60 ans.

La réaction des marchés, ce lundi, est positive. Les jours qui viennent diront si l’Europe a effectivement fait de cette crise un espoir.

Une dépression française

La plupart des enquêtes d’opinion nous montrent des Français au pessimisme persistant, voire amplifié. Le « nous » collectif est déprimé. Pourtant le « je » individuel est beaucoup plus volontaire : une majorité de salariés, de cadres, de patrons de PME se déclarent plutôt satisfaits de leur situation personnelle. Mais dès lors qu’on leur parle de la situation générale ou même de la façon dont ils perçoivent globalement celle des salariés, des cadres ou des patrons de PME, le tableau est beaucoup plus sombre.

La France se trouve ainsi dans une situation paradoxale. Elle a objectivement traversé la crise la plus grave de ces 50 dernières années dans des conditions moins défavorables que la plupart de ses voisins, et pourtant son moral collectif est plus atteint.

Il y a sans doute beaucoup d’explications.

Notre système de protection sociale est l’un des meilleurs du monde mais l’Etat providence qui laisse filer les déficits n’est plus finançeable nulle part. L’égalité figure au centre de notre devise nationale et rend d’autant plus insupportables les excès du système économique et financier.

Il y a aussi bien sûr le phénomène de halo de la crise. Elle obscurcit l’horizon, développe l’inquiétude, la peur du déclassement. Elle conduit même chacun, dans ses réponses aux sondages, à se mettre en conformité avec une ambiance morose. Ne pas se déclarer exonéré des effets de la crise, c’est une forme de solidarité au moins verbale avec les Français qui sont réellement les plus touchés.

Le moment viendra où il faudra bien inverser la tendance, tout faire pour la reprise, repartir de l’avant, moins épargner, consommer davantage, investir dans l’avenir… L’économie est aussi affaire de psychologie collective. Il appartient à la majorité des Français, cette fois-ci pour des raisons de solidarité active avec ceux qui sont les plus défavorisés et ont besoin de la relance, d’y prendre leur part. A l’Etat de tenir le cap : ne laisser personne au bord de la route comme on le fait pour les chômeurs en fin de droits, alléger les charges des PME pour favoriser l’investissement et l’embauche, continuer à réformer le pays (même quand les effets n’en sont pas immédiatement perceptibles) pour le mettre en situation d’une meilleure compétitivité.

Au fond d’eux-mêmes, les Français sont parfaitement conscients que cette crise est mondiale, que des efforts collectifs et individuels sont nécessaires pour s’en sortir. Là est peut-être l’essentiel : ne pas nier la crise, ne pas non plus s’enfermer dans un pessimisme qui nuira à la reprise et, surtout, porter un espoir de sortie de crise pour faire émerger un nouveau modèle de développement plus équitable et plus durable.

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