Communication

france.fr : Juste une mise au point

france.fr est de retour et j’en suis vraiment heureux.
Comme tout responsable digne de ce nom j’assume la défaillance de départ. Mais de grâce laissons la France à l’écart des polémiques. La nécessité d’un site monde ne se joue pas à quelques semaines près (les 300.000 visiteurs uniques de la première semaine  en sont la preuve, ce qui nous place d’emblée sans le peloton de tête des sites monde) et son ambition est encore plus grande. Puisse la critique devenir maintenant positive pour améliorer ce site et l’attractivité de notre pays.

Juste un mot sur cette curieuse information selon laquelle, à la suite de cet incident, le Service d’Information du Gouvernement serait  dissous et moi évincé vers le Conseil Economique et Social. Si il  fallait changer sa structure à la première difficulté venue, il n’y  aurait plus d’Etat. Je crois, au contraire, que les nécessités de la rationalisation et de la mutualisation des moyens vont contribuer à continuer de renforcer l’échelon interministériel.
Pour ce qui me concerne, je n’ai rien demandé en arrivant. Je ne suis pas venu faire carrière, elle est déjà faite. Ma mission est  donc  nécessairement temporaire et peut s’interrompre chaque mercredi (à l’occasion du conseil des ministres, pas de la sortie du canard enchainé ou des hebdos). Je ne demanderai rien en partant, aucun poste public. Seulement heureux d’avoir servi l’État, pris beaucoup d’initiatives, donc de risques et connu inévitablement des revers.

Mieux vaut-il croire un journal ou un publicitaire ?

J’ai répondu, sur LePost.fr, à un billet d’un blogueur qui y reprenait une information du quotidien Libération, selon laquelle la centrale d’achat d’espace de toutes les campagnes de communication des opérateurs publics était chargée de mobiliser – avec un budget de 120 millions d’euros – des équipes dédiées au story telling en faveur du chef de l’Etat.

J’ai parlé de fantasmes. Le budget évoqué est en effet celui de la totalité des campagnes de communication publique, dont les deux tiers portent sur la sécurité routière, la santé, l’environnement et la lutte contre le cancer. Les marchés sont publics, la transparence totale, les messages signés. Tout est contrôlé par le Parlement et la Cour des Comptes. Il n’y a aucune place dans ces procédures pour du soi-disant story telling politique.

Ce que j’ai trouvé le plus signifiant, ce n’est pas tellement qu’un journal comme Libé cherche du sensationnel, disons… aléatoire, ni même la reprise de l’argumentation par LePost. Ce sont les commentaires qui ont suivi ma réponse.

Il n’y a quasiment aucun argument, aucune idée de réfuter mes propos, rien qui donne un peu de sens à la critique. Au mieux, on trouve une vague interrogation « peut-être dit-il la vérité… », une disqualification par la fonction « dur d’être crédible quand on est le directeur du service d’information d’un tel gouvernement ». Pour le reste, on est plutôt dans le genre « clown reconnu » ou « mais mon gars ça fait perpet’ qu’on ne croit plus vos délires ». Avec enfin la question qui tue : «mieux vaut-il croire un journal ou un publicitaire ? ».

On voit bien, au fond, que la question n’est pas de quoi on parle mais qui le dit. L’enjeu n’est ni le sujet, ni l’argumentation développée, ni la crédibilité. L’enjeu est uniquement celui de la posture : il y a des choses auxquelles on peut et même auxquelles on doit croire systématiquement, d’autres pas. C’est la négation de l’échange, du dialogue, de la confrontation. C’est une forme de perte de son autonomie, comme si l’on négligeait son libre arbitre, l’indépendance de sa pensée, la capacité de mesure au profit de clichés, de rejets systématiques, d’exclusion et pour tout dire d’extrémisme.

Ce à quoi il faut croire, plus qu’un journal, un publicitaire ou quiconque, c’est à notre capacité à être libre, à rechercher toutes les informations, à accepter la contradiction, à nous enrichir de nos différences, à respecter les autres et spécialement les adversaires.

Cela pourrait se définir comme une approche démocratique sur laquelle certains habitués des commentaires sur le Net ont encore quelques progrès à faire.

Fiction et réalité

Rumeur, confusion, amalgame, la chasse est ouverte. Comme toujours, elle se situe dans un contexte : on ne vise pas par hasard le ministre qui conduit la réforme des retraites et avait, dans ses fonctions précédentes, déclaré la guerre à la fraude fiscale.

Comme toujours, elle génère son lot de sous-entendus et de déformations : Madame Woerth ne gérait pas la fortune de Madame Bettencourt mais, dans des conditions parfaitement transparentes, les placements des dividendes perçus au titre de ses participations dans l’Oréal.

Comme toujours, elle confine à l’absurde : les pouvoirs publics ne pouvaient pas se désintéresser de la situation de l’une des plus grandes entreprises mondiales dont le siège est en France. De la même façon, il faut condamner toute fraude, même marginale par rapport à la fortune de Madame Bettencourt, tout en se félicitant que la première contribuable privée de France n’ait jamais cherché à s’exiler fiscalement. Chacun conviendra, au moment où la France cherche à faire revenir des patrimoines fiscaux de l’étranger, qu’il ne faut pas non plus en perdre.

Pour le reste, dans ce conflit à l’origine familial, laissons la justice comme le fisc faire leur métier. Ces institutions fonctionnent dans le temps long. Elles étudient, comparent, confrontent et surtout offrent des garanties. Rien à voir avec un feuilleton à rebondissements programmés où, dans l’instant, tout se mêle, se mixe et se confond : une rumeur, une hypothèse, un fait, un montage, une manipulation. Cela s’appelle une fiction, comme par exemple faire tourner toute une histoire autour d’un ministre parce qu’il est en vue alors qu’il n’y a joué aucun rôle direct.

Une fiction est le contraire de la réalité.

Il faut toujours se féliciter de tout ce qui concourt à l’exemplarité des dirigeants quels qu’ils soient. Et il faut toujours se méfier des justiciers à la petite semaine, des règlements de compte démagogiques, des procès d’intention. Ils détournent des vraies questions, alimentent le populisme et son « tous pourris » préféré. Dans cet univers glauque, qui voudra encore demain s’engager dans la vie publique ?

Moderniser la communication électorale

Il est vrai que nos campagnes électorales sont devenues assez tristes. On peut se poser la question de savoir en quoi la réglementation y est pour quelque chose.

J’ai participé, voici quelques jours, à un dîner-débat avec Michel  Rocard, l’auteur de la loi du 15 janvier 1990 qui réglemente la communication en période électorale.

Acquis considérable de cette loi sur lequel on ne reviendra plus : éviter les abus du passé en plafonnant les dépenses et en contrôlant les recettes.

Inconvénient  majeur : le législateur a voulu aussi interdire la publicité par voie d’affichage et dans la presse trois mois avant le scrutin (de 3 à 4 mois plus exactement, je vous passe les détails juridiques).

A partir de l’instant où les dépenses sont plafonnées et contrôlées durant l’année qui précède l’élection, il est vrai que l’on se demande pourquoi, en plus, le législateur a interdit la publicité par voie de presse ou d’affichage. On peut même juger cette interdiction superfétatoire, ce qui est l’avis de Michel Rocard lui-même. Les publicitaires diraient : pas la peine de vouloir laver plus blanc que blanc.

Tout en respectant le plafond, chaque candidat pourrait choisir d’investir, jusqu’à l’ouverture de la campagne officielle, soit dans un envoi postal, soit dans un affichage, soit dans  une annonce dans la presse locale ou bien encore dans un meeting.

Il y a peut-être surtout une avancée considérable à faire dans le domaine de ce qu’on appelle encore curieusement « la propagande officielle ».

On peut d’abord finir de moderniser les émissions électorales officielles à la télévision en optant uniquement pour des formats courts et en permettant une liberté totale de production évidemment sous le contrôle du CSA.

Pour ce qui est de l’affichage à l’entrée des bureaux de vote et de l’envoi à domicile des professions de foi et des bulletins de vote, il apparaît clairement que ces supports sont complètement dépassés et que, de plus, ils coûtent très cher (par exemple, 67 millions d’euros pour la présidentielle de 2002 uniquement pour les frais de libellé, de mise sous pli et les dépenses postales). Ils coûtent d’ailleurs de plus en plus cher avec la multiplication du nombre de candidats.

Une réforme profonde pourrait passer par la rénovation des supports (un guide des candidats à la place des professions de foi), leur rationalisation (un seul envoi par foyer),  leur modernisation (création de portails Internet des candidats et des projets).

Pour ce qui concerne les affichettes à l’entrée des bureaux de vote, il est loin le temps où les candidats demandaient à leurs militants, quitte à y passer la nuit, d’être les premiers à l’ouverture de la préfecture pour disposer du panneau n° 1 censé être plus visible. Il suffit de regarder aujourd’hui autour de nous : les panneaux restent parfois vides des journées entières et les affichettes sont très inégalement mises en place. Un sondage Ipsos réalisé les 5 et 6 février derniers indique d’ailleurs que seulement 23,8% des Français jugent utiles à la détermination de leur suffrage les affiches apposées à l’entrée de leur bureau de vote. On pourrait donc se demander si des panneaux d’expression libre ne suffiraient pas, ce qui permettrait de réinvestir des moyens notamment sur l’internet.

Chacune de ces pistes doit être approfondie autour d’un double enjeu :

•    Une meilleure utilisation de l’argent public
•    Une communication mieux adaptée à son époque et capable de mieux mobiliser les électeurs

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