L’optimisme et l’entreprise

Entre confiance et défiance, au cœur des paradoxes français, se trouve évidemment la relation au travail et la place de l’entreprise dans la société.

Une majorité de l’opinion se défie des entreprises, en général, mais plébiscite les TPE et les PME qui représentent plus de 95 % des entreprises françaises.

Une majorité de Français se déclare heureuse au travail tout en déclarant que le stress augmente et que les conditions de travail se dégradent.

Il existe un attachement très français à la sécurité et à la protection des statuts –ce que le sociologue Philippe d’Iribarne a qualifié de « dignités permanentes »- qui font que toute modification d’horaire, d’organisation de service et, bien sûr, de mobilité professionnelle est vécue comme une remise en cause personnelle.

Nous avons également à gérer la grande passion française pour l’égalité autour de ces deux questions centrales qui ont mobilisé et mobilisent encore tous ceux qui, depuis Tocqueville, réfléchissent à la société : celle du rapport entre la liberté et l’égalité, celle de la confusion entre égalité et égalitarisme.

Mais peut-être y a-t-il un enjeu plus structurel encore pour l’ensemble des dirigeants et cadres de la Nation qui exercent une responsabilité particulière dans la société, c’est-à dire aussi dans l’entreprise. C’est la difficulté à adapter leur comportement et leur communication à la société d’aujourd’hui. Les dirigeants doivent faire face à un mouvement convergent comme une prise en tenaille entre une transparence quasi-instantanée, encore amplifiée par le net, et l’exaspération de l’opinion beaucoup plus sensible qu’hier au moindre abus, dysfonctionnement, injustice, réel ou supposé.

La nécessité de l’exemplarité des élites devient centrale. Elle doit conduire tout dirigeant à mesurer chaque décision, chaque geste, chaque message en fonction de l’impact produit dans le cadre de sa responsabilité directe du corps social de la société tout entière. On voit bien comment sur un mot de travers, une menace de gel d’investissement pour ne pas parler de rumeurs malveillantes, l’entreprise doit se placer immédiatement en gestion de crise.

Il nous faut repenser la question de la vision, du projet d’entreprise, des écarts de rémunération, du partage équitable des richesses produites, des sécurités financières comme les retraites chapeau, les golden parachutes que s’attribuent certains dirigeants.

Ces enjeux apparaissent désormais dans le débat public et, faute de les gérer, la réglementation finira par y pourvoir au nez et à la barbe de ceux qui pensent, avec bien des raisons, que le propre de l’entreprise privée, c’est de s’administrer le plus librement possible.

La caractéristique d’un leader est aujourd’hui, plus encore qu’hier, d’être exemplaire, aux avant-postes de l’évolution d’une société, avec la capacité de se remettre en cause.

Nous devons avoir conscience que chaque responsable, où qu’il se trouve, est potentiellement créateur de défiance ou de confiance, de pessimisme ou d’optimisme.

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