Rumeur, confusion, amalgame, la chasse est ouverte. Comme toujours, elle se situe dans un contexte : on ne vise pas par hasard le ministre qui conduit la réforme des retraites et avait, dans ses fonctions précédentes, déclaré la guerre à la fraude fiscale.
Comme toujours, elle génère son lot de sous-entendus et de déformations : Madame Woerth ne gérait pas la fortune de Madame Bettencourt mais, dans des conditions parfaitement transparentes, les placements des dividendes perçus au titre de ses participations dans l’Oréal.
Comme toujours, elle confine à l’absurde : les pouvoirs publics ne pouvaient pas se désintéresser de la situation de l’une des plus grandes entreprises mondiales dont le siège est en France. De la même façon, il faut condamner toute fraude, même marginale par rapport à la fortune de Madame Bettencourt, tout en se félicitant que la première contribuable privée de France n’ait jamais cherché à s’exiler fiscalement. Chacun conviendra, au moment où la France cherche à faire revenir des patrimoines fiscaux de l’étranger, qu’il ne faut pas non plus en perdre.
Pour le reste, dans ce conflit à l’origine familial, laissons la justice comme le fisc faire leur métier. Ces institutions fonctionnent dans le temps long. Elles étudient, comparent, confrontent et surtout offrent des garanties. Rien à voir avec un feuilleton à rebondissements programmés où, dans l’instant, tout se mêle, se mixe et se confond : une rumeur, une hypothèse, un fait, un montage, une manipulation. Cela s’appelle une fiction, comme par exemple faire tourner toute une histoire autour d’un ministre parce qu’il est en vue alors qu’il n’y a joué aucun rôle direct.
Une fiction est le contraire de la réalité.
Il faut toujours se féliciter de tout ce qui concourt à l’exemplarité des dirigeants quels qu’ils soient. Et il faut toujours se méfier des justiciers à la petite semaine, des règlements de compte démagogiques, des procès d’intention. Ils détournent des vraies questions, alimentent le populisme et son « tous pourris » préféré. Dans cet univers glauque, qui voudra encore demain s’engager dans la vie publique ?






4 Responses to Fiction et réalité
Sebastien 29 juin 2010
Selon vous, quel est l’effet de la réponse du ministre, dite sérieusement : «Est-ce que j’ai une tête à couvrir la fraude fiscale?»
Thierry Saussez 1 juillet 2010
Un effet positif.
Dans une situation ou se mele et s’entremele le rationnel et l’irrationnel c’est une image.Celui qui s’est le plus demene depuis longtemps contre la fraude fiscale ne peut pas avoir une tete a la favoriser.Bien a vous
Othmane 17 juillet 2010
Vous avez reçu une enveloppe pour écrire cela ?
J’apprends également que vous allez participer à la prochaine campagne d’enfumage de notre président !
Bravo ! Que ne ferait-on pour le dieu Argent !!
Bonjour chez vous !
Thierry Saussez 26 juillet 2010
Quel est donc votre dieu a vous pour rabaisser un propos qui pourrait peut-être vous donner a réfléchir a une histoire d’argent ?