Monthly Archives: février 2010

Polémiques

La campagne de communication gouvernementale sur le Grand emprunt et les investissements d’avenir a déclenché l’ire de Benoît Hamon, porte-parole du Parti socialiste, qui demande son annulation.

Je vois bien une certaine logique du jeu politique qui consiste toujours, pour l’opposition, à critiquer l’Etat, voire à lui interdire de porter à la connaissance des Français ses initiatives et ses projets.

C’est pourtant bien, comme l’ont fait tous les gouvernements depuis toujours, l’objectif de la communication gouvernementale.

Cette communication porte sur des comportements, sécurité routière, santé, environnement, ou sur des informations concernant l’emploi, la solidarité, l’éducation, les priorités de l’avenir, etc… Dans tous les cas, il s’agit de politiques publiques légitimes, proposées par le Gouvernement, soumises au Parlement, et qu’il faut donc faire connaître.

Au fond, je crois qu’il y a consensus dans l’opinion sur l’idée que l’Etat doit maîtriser ses dépenses de fonctionnement pour lutter contre les déficits et en même temps investir de façon rentable dans des secteurs porteurs qui créeront de l’activité, de l’emploi et des recettes. C’est bien l’enjeu du grand emprunt et des investissements dans les universités, la recherche, les PME, l’industrie, les énergies renouvelables, les nouvelles technologies. Cela explique d’ailleurs l’énervement de Monsieur Hamon. La critique de la communication apparaît dès lors comme la preuve de l’incapacité à proposer une solution alternative.

De quoi Monsieur Badiou est-il le nom ?

Monsieur Badiou est professeur de philosophie et auteur à ses heures d’un livre remarqué et assez glauque « De quoi Sarkozy est-il le nom ? »

Monsieur Badiou se spécialise en effet sur un créneau assez peu fréquenté : la régénération du communisme. Il est dans l’attente de « réinstaller l’hypothèse communiste à grande échelle » (ce qui effectivement risque de prendre un certain temps). Alors il cherche, comme il l’écrit dans une tribune du Monde, datée des 14 et 15 février, « un point réel », « une morale provisoire », « une figure subjective consistante » et semble l’avoir trouvé dans « le prolétaire étranger sans papiers » et cela, bien sûr, « sans égard pour les lois du monde ».

Alors me direz-vous : y a-t-il encore quelque chose à régénérer ? Monsieur Badiou n’en doute pas lorsqu’il écrit : « notons au passage que nos critiques prétendent jeter aux orties le mot communisme sous prétexte qu’une expérience de communisme d’Etat, qui a duré soixante-dix ans, a tragiquement échoué. Quelle plaisanterie ! Quand il s’agit de renverser la domination des riches et l’hérédité de la puissance, qui durent depuis des millénaires, on vient nous objecter soixante-dix ans de tâtonnements, de violences et d’impasses ! En vérité, l’idée communiste n’a parcouru qu’une portion infime du temps de sa vérification, de son effectuation. »

Vous avez bien lu.

Le communisme d’Etat a été une expérience. Même si elle a échoué c’est une plaisanterie d’en profiter pour la condamner. On est bien là au coeur d’une monstruosité : faudrait-il à Monsieur Badiou à nouveau des millions de morts et des goulags pour finir sa vérification et son effectuation ?

Nous sommes ici par la volonté des médias.

Des syndicalistes viennent de retenir en otages durant une nuit deux dirigeants d’une entreprise parce que, selon eux, « c’est le seul moyen de retenir l’attention des médias ».

En 1990, j’ai consacré un livre « Nous sommes ici par la volonté des médias » à la façon dont les médias et bien sûr, en premier lieu, la télévision rythmaient notre vie collective, influençaient l’opinion, conduisaient aussi à inventer des gestes permettant de faire l’actualité.

L’image est irrationnelle, spectaculaire, émotionnelle, sensationnelle. Dans le monde cathodique, ce qui ne fait pas image n’existe pas. Cela a bien sûr ses limites. Nous croyons ce que nous voyons mais nous voyons seulement là où il y a des caméras pour filmer. Cette hiérarchisation de l’actualité implique donc de créer l’événement, le scoop, y compris en marge de la loi ou à son encontre, pour espérer avoir accès aux médias.

Des séquestrations aux voitures brûlées pour voir son « oeuvre » à la télévision jusqu’aux attentats les plus spectaculaires, il est indéniable que la protestation et même le terrorisme intègrent aujourd’hui la dimension médiatique. Et reviennent en boucle les questions lancinantes : faut-il tout dire, tout montrer, quelles limites, quelle distance ? Peut-on jouer un rôle important pour promouvoir des comportements positifs en évitant de le faire pour les comportements négatifs ?

Il s’agit d’autant moins de donner des leçons que nombre de médias et de journalistes se posent ces questions. Il s’agit d’avoir une réflexion collective sur notre capacité à éviter que nos sociétés, de plus en plus interconnectées, fassent de la violence sous toutes ses formes l’élément de représentation le plus aisé à être diffusé.

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